Extraits d'enseignements de Gangteng Rimpoché


La Présence

Extrait de L'Escalier de Cristal, Tome I : La méditation Dzogchen




Avant de la pratiquer, une première compréhension de la méditation est indispensable. Il y a trois phases dans la pratique du Dharma: l'écoute, la réflexion, et la méditation. Ce qui veut bien dire que l'on ne commence pas à méditer de but en blanc. Celui qui ne comprend pas ce qu'il fait a beau affirmer qu'il médite la pacification (chiné), qu'il médite la vision profonde (lhakthong), que fait-il vraiment? Il ne parvient probablement pas véritablement à stabiliser l'esprit, que dire de vision profonde?

Il ne s'agit pas non plus de vous adonner à des études prolongées et érudites qui repousseraient indéfiniment la méditation. Vous devez savoir comment procéder et comprendre le but recherché, pas nécessairement de façon extrêmement élaborée, mais avec précision. Vous pourrez trouver les indications nécessaires dans des livres, ou bien les recevoir par oral lors d'une conférence, ou bien directement de votre maître sous forme d'instructions. Quoiqu'il en soit, cette phase antérieure à la pratique méditative doit conduire à la certitude, au plus profond de vous-même. Vous devez donc non seulement écouter, mais aussi réfléchir et trancher tous vos doutes. Sinon votre méditation ne sera pas assurée.

Quel est donc le but de la méditation, et quel est son bienfait? On pourrait dire que c'est d'améliorer les comportements. Transformer les comportements mauvais ou insatisfaisants du corps, de la parole et de l'esprit, en comportements positifs. Parmi ces trois dimensions, celle de l'esprit prédomine nettement. Si votre esprit adopte une façon d'être positive, cela se manifeste, tout naturellement, dans les comportements de votre parole et de votre corps.
Un esprit positif, bon, qui fonctionne bien, est d'abord un esprit impartial, au-delà des préférences et de l'aversion. Il ne discrimine pas en fonction de l'âge, de la profession, ou d'autres critères. Il est en harmonie avec le jeune, avec celui qui est dans la force de l'âge, avec le vieillard, avec tout le monde. Sa façon d'entrer en relation est tout naturellement satisfaisante pour lui-même et pour l'autre. A partir de là, toutes les qualités s'épanouissent dans la parole et dans le corps.
Qui est celui qui médite? Qu'est-ce que la méditation? L'essentiel de la méditation est la présence, ce que l'on appelle en tibétain drènpa, que l'on peut aussi traduire par vigilance ou par attention. Etre vigilant ne veut pas dire qu'il faille se battre avec les pensées jusqu'à les maîtriser, mais que, dans la méditation, il faut être entièrement présent, à tout moment.
Que même pour la plus infime durée de temps, il ne doit pas y avoir d'absence de l'esprit.
Pas de distraction. Etre tout entier présent dans ce que l'on fait.
Si la méditation est présence, le méditant est il celui qui produit cette présence? Non.
Le méditant est cette présence. Dans la méditation, il n'y a qu'une chose: la présence.
Ne distinguez donc pas entre méditant et méditation.
Il n'y a rien de nouveau à inventer.
Elle fut toujours en nous, en profondeur, elle est présente maintenant même, il suffit de la reconnaître.
Il n'y a rien de nouveau à inventer. Elle fut toujours en nous, en profondeur, elle est présente maintenant même, il suffit de la reconnaître.
J'entends parfois dire: «La méditation est très difficile. Dès que je médite, surgit un flot de pensées. Je ne parviens pas à méditer...» ou bien: «Dès que je médite, je pique du nez, je dors.
Jamais je ne pourrais méditer... » Or, la méditation est très facile: vous n'avez rien à faire, vous l'avez déjà. Inutile de vous escrimer à la fabriquer, de vous épuiser à la découvrir, ou de courir au marché pour l'acheter. Inutile de gagner beaucoup d'argent pour l'acquérir auprès de quelqu'un qui la vendrait fort cher. Vous l'avez déjà! Il n'y a rien à faire de spécial.
En particulier, vous n'avez pas besoin de trouver un bienfaiteur pour méditer: vous pouvez méditer tout de suite.
Il suffit de rester posé, naturellement en équilibre dans la perception ordinaire:en celui qui pense «je vais méditer », en celui qui goûte la nourriture qu'il mange, qui entend les sons qu'il écoute, qui lit un livre et en comprend le sens. Il faut éviter la distraction. Ne pas courir après les souvenirs du passé. Ne pas élaborer de projets pour le futur. Par rapport au présent: pas de théories, pas de pensées particulières. Pas d'inventions, pas de fabrications. Rester simplement dans la présence.
Nous allons maintenant, pendant quelques instants, tâcher de faire cette simple chose. Nous allons donc méditer un peu.


(Suit un exercice de méditation)

Traduction Bruno Le Guével, mai 2001. Copyright 2001 © by AssociationYeshe Korlo Europe, FR, 39130.